1er octobre et poteaux dénudés

Alors, votre choix est fait? Avez-vous croisé vos candidats pour leur donner votre appui ou leur dire pourquoi ils n’auront jamais votre vote? Avez-vous assisté à des débats dans votre ville?

De retour sur la Basse-Côte-Nord depuis la fin août, j’ai regardé les débats comme certains regardent le hockey. J’avait hâte de voir, comment se vivrait la campagne avec une perspective de région éloignée. Pour faire ça imagé, je sens que notre région est comme la jeune de 14 ans à la table des adultes lors d’un souper de famille : elle a le droit d’être là, elle peut suivre les conversations, mais on ne lui parlera à peu près jamais directement à elle, alors elle va finir par se désintéresser de cette tablée ennuyante, qui la comprend -voire la considère- rarement.

La circonscription où j’habite, c’est la 2e plus grande au Québec, avec presque 205 000 km2 et 50 000 habitants. Environ la moitié des habitants habitent à Sept-Îles, là où a eu lieu le débat entre les quatre candidates dont les parties sont représentés à l’assemblée nationale. Environ 700 km (dont 300 sans route) séparent mon village de Sept-Îles, ou 55 heures sur le navire Bella Desgagnés, ou 1100$ d’avion aller-retour. Pour mieux visualiser, c’est environ la distance entre Montréal et Matane, ou entre Québec et Val-d’Or. Et on n’est pas aux limites de la circonscription, qui s’étend en fait de Port-Cartier à Blanc-Sablon, et de Schefferville à l’île d’Anticosti. Ça en fait des réalités différentes à représenter pour une seule personne ça!

poteauxnus

Aucune affiche électorale dans le downtown St-Augustin, à quelques jours des élections.

Je comprends que les circonscriptions sont découpées pour avoir un nombre relativement similaire d’électeurs, nonobstant l’étendue du territoire concerné. Dans le simple but d’amener, le temps de quelques lignes, notre réflexion sur certaines réalités des régions éloignées (j’ai mon point de vue de Basse-Côte actuelle et Minganie récente, mais certains éléments sont sans doute similaires ailleurs), voici quelques-unes de mes observations des dernières semaines :

Les changements climatiques
Est-ce qu’on doit s’attendre à ce que la Route Blanche ne soit un jour plus praticable du tout en raison des hivers plus doux? Les 2-3 mois par année où les Coasters sont libres de se déplacer quand bon leur semble et à peu de frais sont-ils menacés?

Est-on d’accord ou pas avec un 3e lien entre Québec et la Rive-Sud?
Je sais pas, on attend toujours notre premier lien avec le reste de la province.

Améliorer les transports en commun et en réduire les coûts
Ici le transport en commun c’est l’avion qui coûte 3 bras ou le bateau qui passe une fois par semaine. Ah aussi, entre St-Augustin et Pakua Shipi on a un aéroglisseur pour traverser notre rivière sans pont, gratuit en plus. Ouf…!

Les écoles tombent en ruine, il faut les rénover
Les nôtres seront-elles encore ouvertes dans 10 ans avec la baisse du nombre d’élèves?

Le fameux budget d’épicerie
Il suffit d’aller au magasin le jeudi soir quand les produits frais rentrent au village le vendredi, ça coûte moins cher quand il y a moins de nourriture disponible…!

Le temps d’attente dans les hôpitaux
Ça par exemple, c’est parfait à quel point on n’attend pas longtemps à la clinique locale. Bon, quand il faut vraiment aller dans un hôpital ça implique d’y aller en avion, donc d’espérer que la météo ne fasse pas manquer le rendez-vous et parfois d’être plus longtemps que nécessaire hors de la maison pour concorder avec l’horaire des vols.

Identité québécoise et protection de la langue française
Je peux communiquer en quatre langues et suis ardemment attachée à ma culture québécoise. Le fait de travailler principalement en anglais ne change rien à ça. Ne pas parler la langue de mes voisins m’attriste, voire me gêne parfois. Parce que mon village d’adoption, il est anglophone et la communauté voisine est innue, deuxième langue la plus parlée dans ma circonscription. Le français est la langue seconde de tout ce beau monde, tous aussi citoyens du Québec que moi.

L’intérêt des jeunes pour la politique et un débat des chefs en anglais
Peu importe le malaise que certains ont pu ressentir en apprenant l’existence d’un débat en anglais, langue non officielle au Québec, de voir le groupe de secondaire 3 et 4 de l’école de mon village regarder -et commenter- le débat en entier, alors que trois jours plus tôt ces jeunes pouvaient à peine nommer deux partis, ça surpasse haut la main toutes les batailles entre ton Shakespeare et Molière intérieurs.

N’oubliez pas votre X le 1er octobre et rappelons-nous que les régions, c’est pas juste un lieu où faire des jolies photos de familles entourées de pommes fraîchement cueillies.

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