Expo Tabarnak, même les sacres ont leur histoire!

« Ah tabernacle, moi aussi je sacre! » Cette succulente tentative d’intégration culturelle est venue à mes oreilles à l’été 1997, alors que les parents sans passeport* et moi étions à Paris pour une semaine. Le serveur d’un restaurant nous avait lancé cette réplique (digne du parisien cliché) après que papa sans passeport* lui ait dit que nous n’étions pas Belges ni Suisses, mais bien Québécois. N’étant pas habituée à entendre sacrer à la maison, je me demandais d’où venait ce peu de culture québécoise du serveur. Hier après-midi, 14 ans plus tard, j’ai enfin compris l’importance du sacre dans notre histoire linguistique, religieuse et culturelle. Je suis allée au Musée des religions du monde de Nicolet, pour voir l’exposition « Tabarnak : l’expo qui jure ».


Saviez-vous que les Français pouvaient avoir les lèvres fendues, la langue percée et même être condamnés à mort pour avoir blasphémé au XVIe siècle? En Nouvelle-France, les peines étaient beaucoup plus douces, allant de quelques livres d’amende à un court séjour en prison. La punition corporelle venait seulement à la quatrième offense! Déjà au début de la colonie, on se faufilait l’insulte divine en déformant, entre autres, « tord à Dieu » en « torrieu » et « je renie Dieu » en « jarnidieu ». Les blasphémateurs non assumés ont même remplacé Dieu par bleu (jarnibleu, sacrebleu) pour ne pas être en faute par rapport à l’Église. Qui se soulage en lançant un bon jarnibleu aujourd’hui lorsqu’il se cogne le petit orteil sur le bord du lit ? Eh oui, les sacres passent de mode eux aussi et deviennent en voie d’extinction! Le sacre diffère selon les époques, mais aussi selon les sexes. Une section de l’exposition nous parle des sacres de femmes, qui bien que moins fréquents, sont de plus en plus entendus à partir de l’entrée sur le marché du travail de celles-ci. Les travailleuses se soulagent la colère un peu plus doucement, en utilisant des mots religieux comme bonne Sainte-Anne et mon Doux Jésus.

Seul petit bémol à l’exposition, en entrant, j’ai fait le saut tellement il y avait beaucoup de texte à lire comparativement aux images ou objets présents dans la salle. Cependant, le bémol a vite été suivi d’un bécarre (hum, bonne blague d’altération musicale ici!), car le matériel est en réalité si bien divisé, clair et concis, qu’on a envie de tout lire. Quelques images et objets complètent le décor, dont la sculpture de la légende de la Chasse-Galerie, probablement la plus connue des légendes québécoises où le sacre a une place importante. Pour vous rafraîchir la mémoire tout en appréciant deux excellentes adaptations modernes de cette histoire, youtubez (!) Martin de la Chasse-Galerie de Michel Rivard ou ressortez le premier album de Mes Aïeux pour écouter Descendus au chantier.

Sculpture La chasse-galerie de René Dandurand et Julienne Deschamps-Dandurand 

Après en avoir appris sur l’histoire des sacres au Québec, on arrive dans la section syntaxe et lexique de l’exposition. Les objets religieux désignés par ces mots sont exposés, question de permettre aux plus jeunes, qui n’ont pas été élevés dans la pratique de la religion, de connaître l’origine de ces « gros mots ». Ils seront aussi interpellés par le mur de « museumbook » reproduction d’une page facebook où plusieurs personnes vivant dans les trois derniers siècles parlent de leur vision de ce vocabulaire typique de chez nous. Puis, la logique du sacre est expliquée dans ses moindres subtilités, démontrant comment un juron peut être utilisé comme nom, verbe ou adverbe. Bref, comment le sacre est le schtroumpf du langage québécois!

Le Musée des religions du monde est situé à Nicolet, près de Trois-Rivières. L’exposition Tabarnak l’expo qui jure y est présentée jusqu’au 2 septembre 2012.  De plus, l’exposition permanente nous dresse un bref portrait des cinq grandes religions du monde. 

On y trouve aussi l’exposition Colle, Papier, Ciseaux jusqu’en mars 2012, 
sur l’oeuvre de Claude Lafortune, l’artiste derrière l’Évangile en papier et Parcelles de Soleil.

Religieusement vôtre,
Sarah sans passeport


*Merci de ne pas nous dénoncer aux douanes françaises. Vous comprendrez que mes parents et moi avions notre passeport à Paris, mais il faut garder un minimum de magie et de style sur ce blogue!

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